Souscrire via RSS
Matin n°1 -> Au pied du lit : un cendrier avec quatre mégots de cigarettes, un paquet de gateaux entamés, un rouleau de sopalin, un briquet blanc, un M&M’s.
Matin n°2 -> Au pied du bureau : une bible, une paire de chaussures noires un peu usées, des papiers de banque en souffrance, des paquets de vieilles photos.
Midi n°3 -> Au pied de la porte d’entrée : trois cartons pleins, un casier en plastique, une boite à pizza vide, une boite de lessive vide dans un sac en papier , une paire de rollers, une brique de lait vide, des baskets fushia, une bouteille de jus d’orange vide.
Midi n°4 -> Au pied du robinet : quelques lentilles germées, quatre noyaux d’avocats, une cafetière à moitié pleine, un chou rouge, 3 oranges et demi, un reste de pâtes au chorizo qui attendent d’être réchauffées.
Soir n°5 -> Au pied du ventilateur non branché: un vieil écran ordinateur, un pantalon canari, une paire de bottes noires, deux cintres, un sac en plastique rayé au contenu oublié, une boite à chaussures servant de corbeille à papier, un épingle à nourrice.
Soir n°6 -> Au pied du canapé : un parquet aspiré, un sac abandonné en rentrant du boulot, une lampe à carreaux bleus et blancs, une guitare qui aimerait sans doute qu’on la gratte plus souvent.
Journée n°7 -> Au pied de mes pieds : tes pieds.
Des caravanes déglinguées, des cages aux barreaux oxydés, des chapiteaux bancals, des déchets incertains. Pas un bruit. Le chameau, les chevaux broutent un semblant d’herbe déjà sèche malgré l’humidité de l’hiver. Personne. La tigresse tourne dans la cage, vieille et puissante, soumise et rêveuse ; un jour, une mouette et une muette lui ouvriront et elle s’en ira, très loin, si loin qu’elle en aura peur. Toutes ces caravanes et aucun bruit humain. Il y a pourtant – sans aucun doute – du monde à l’intérieur. Deux chiens attachés avec la même corde à un pic de fer planté dans la terre poudreuse. De leurs jappements sourds mais pénétrants, de leurs gueules entre les barreaux de la grille face à la ligne B, ils apostrophent les voyageurs – qui, génés, détournent la tête. Décors glauques.
Ce soir, quelques enfants s’émerveilleront devant ce cirque sans magie. Et les parents, blasés, applaudiront – mollement.
Et demain, après-demain, sur un autre vague terrain, la même triste ronde recommencera.
Je ne sais plus quand est-ce que j’ai décidé de ne plus parler. Je ne me souviens plus vraiment de la raison. Mais un jour j’ai décidé sans vraiment décider de devenir muette. Je crois que c’était un jour de temps gris, un jour à l’heure de pointe à la gare du Nord. Depuis le ciel est dégagé et je ne parle plus. Je crois que même si je le voulais, je ne le peux plus, ma voix s’est perdue dans mon estomac ou ailleurs, cela m’est égal, enfin je crois. J’écris, dans ma tête, des mails de mise au point et des posts de colère. J’écris sur l’écran des statuts stupides et des mails d’invitation. Je parle sans ouvrir la bouche, en définitive. Mais ça l’énerve.
Qu’est-ce qu’il y a ?
Ma meuf ne comprend pas. Ma meuf est prétentieuse, elle se persuade qu’elle est la cause de mon silence. Comme si parce que nous vivons ensemble nous devrions toujours nous parler. Je voudrais bien lui expliquer mais elle ne m’écoute pas. Bien sûr que si, il est possible de parler en silence, ou pas. Et d’ailleurs, si je ne parle plus ce n’est pas parce que j’ai envie de parler en silence, non, en fait. Je n’ai rien à dire, ni à elle, ni à personne. Parler, toujours parler, les gens parlent trop et ça depuis toujours, depuis la maternelle, les camarade me gonflaient avec leur voix de crécelles, puis les ragots du lycée, et les couches-culottes week-end familles des collègues, on s’en fout. Parler pour rien, parler sur rien, parler soit disant parce qu’une langue sert à parler, mais non je ne suis pas d’accord. Une langue sert tout d’abord à goûter, à sentir sur les papille le premier café du matin, à rouler des pelles à sa meuf même si celle ci fait la gueule pour rien, à tirer la langue au mioche accoudé sur le siège du métro qui te regarde avec ses yeux ronds, à te brûler lorsque t’es trop gourmande, à humecter la bande de colle de ton papier à cigarette, enfin elle sert à tout plein d’autres choses indispensables et agréables mais que je n’écrirai pas ici pour de pudiques raisons.
Tu sais quoi ?
Ma meuf fait sa crise. Elle tente tant bien que mal à faire remonter ma voix. Elle y met du cœur à l’ouvrage, use du chantage, charcute mes sentiments, tente de titiller ma curiosité mais rien n’y fait, je ne veux plus parler. Ce n’est pas que je ne l’aime pas, hein, ce n’est pas que je m’en fous ou quoi, c’est juste que non, je ne sais pas quoi, mais elle peut très bien le dire parce que de toute façon je ne sais pas de quoi elle va vouloir parler. C’est qu’elle, elle parle de tout et n’importe quoi et que du coup je ne sais jamais quel sujet elle va aborder, ça peut très bien être d’un cafard coincé dans l’entrebâillement de la porte, d’une amie qui est enceinte, des propos du président, d’un cours d’économie, le papy boom, d’un film qui vient de sortir, d’un roman qui est vachement bien et qu’elle ne veut pas terminer, de la dame dans le rer, d’une envie d’aller voir la mer. C’est un sujet qui revient souvent, la mer. Et c’est une envie que j’ai aussi. Mais même ça, je ne lui dis pas. Bref, je ne veux pas parler, donc je ne parle pas, en revanche, je veux bien écouter.
Mais aujourd’hui, bizarrement parce que je ne veux pas prononcer un seul mot, ma meuf décide de se taire aussi, par contre elle tire la tronche, elle soupire, elle se lève, se rassoit, lâche un « putain », elle se retient, elle est proche de l’explosion, les mots se bousculent derrière ses lèvres qu’elle lutte à maintenir closes. C’est une bavarde ma meuf, elle peut parler sans s’arrêter, j’aime bien , et ça m’amuse qu’elle me défie sur ce terrain là. C’est d’avance une petite victoire facile et qui me fait sourire.
Elle s’affale sur le canapé, fait mine de m’ignorer. Mes lèvres sont scellées, ma langue dort, ma voix se boit des bières avec les Trompes de Fallope, c’est qu’elle préfère le Sud, il y fait meilleur.
Tu veux que je m’en aille ?
Elle fout le casque de son MP3 à fond, au cas ou je déciderais de lui parler, mais que je pourrais aller me faire foutre pour qu’elle m’écoute. Elle écoute les VRP. Elle est en colère. Je joue à un jeu en ligne, jeu de logique, je monte le son, elle me regarde en coin. Je pourrais la rassurer, lui dire que ça va, parce que ça va. Mais je ne peux pas parler, alors je ne dis rien.
http://escargot.lezspace.info/wp-content/musique/parentheses.flv
Tu penses à quoi ? Je ne pense à rien, je suis entre parenthèses.
Un sourire à gauche. Un sourire à droite. Nous entre les deux.
Le temps d’un long souffle, traverser la lente plaine, prétendue vide, où l’on présume qu’il n’y a rien.
RIEN. Mais le bon rien, le rien dans lequel il y a tout. Tu vois ce rien rempli de vert, de jaune, de marron, d’arbres, de quelques maisons, de routes droites et interminables, du gris du ciel mais qui ne fait pas déprimer, de la course des gouttes de pluie sur la vitre.
La-bas, les Ardennes, la Meuse, la Champagne. Et des arbres aux branches dénudées, et des champs de glace, et quelques maisons, et de rares voitures sur les longues routes droites et interminables.
De l’autre coté. Et le reste n’existe pas.
Les histoires de Cupidon c’est con.
Les histoires cupides, c’est tout aussi con.
Mais les histoires de cul, c’est bon.
Et Paris, dans la lumière de l’hiver, dans la chaleur de ta main, ça donne juste envie de renaitre.
Alors, non, pas tomber.
Et oublier que tu ne sais pas, ou oublier que je crois savoir et ce que je crois savoir.
Et Paris, dans l’air de l’hiver, dans la fraicheur de tes baisers, ça donne juste envie d’exister.
Alors, non, pas quitter.
Et oublier que je ne sais pas, ou oublier que tu crois savoir et ce que tu crois savoir ?
Il y a là la littérature, le manque d’élan, l’inertie, le mouvement
Il y a là les mystères, le silence,ou la mer qui luttent contre le temps
Il y a là les bordures, les distances, ton allure, quand tu marches juste devant
Parfois on regarde les choses, telles qu’elles sont, en se demandant pourquoi
Parfois on les regarde, telles qu’elles pourraient être, en se disant pourquoi pas
Y’a parfois ces bouffées de mal. Mais dans le fond j’ai pas peur. Je devrais sans doute. Mais j’ai pas peur. Y’a ce truc là qui tient bon.
Ca s’appelle la confiance je crois. Ou l’inconscience. Je ne sais pas, mais je n’ai pas peur. Pas trop. Pas souvent.
Y’a parfois ces bouffées de bien. Mais dans le fond, j’ai peur. Je ne devrais sans doute pas. Mais j’ai peur. Y a ce truc qui tient bon.
Ca s’appelle la méfiance, je crois. Ou la conscience. Je sais, mais j’ai peur. Beaucoup trop. Souvent.